Apprendre à Observer


Pour la plupart d’entre nous, observer n’est pas une activité naturelle. Nous voyons ce qui nous entoure, mais nous ne prenons pas le temps de regarder vraiment, de détailler, de chercher à découvrir le moindre détail. Il existe en fait la même nuance entre  » voir  » et  » observer  » qu’ entre  »  entendre  » et  » écouter « . Dans un cas, l’œil et l’oreille perçoivent un environnement, alors que, dans l’autre, ils l’analysent et s’attachent aux nuances afin d’en saisir la structure, quelle qu’en soit la complexité. De même manière que vous entendez les bruits de la rue alors que vous écouter un concert de musique classique.

L’apprentissage de l’observation se fait en deux étapes. Dans un premier temps, il faut comprendre le fonctionnement de cet instrument optique ultra – sophistiqué qu’est l’œil humain ; dans un second temps, il faut s’appliquer patiemment  à discerner les différences de contrastes, les nuances de couleurs, les détails de plus en plus fins des objets que l’on observe.  Cet apprentissage ne se fait pas en une nuit, mais le résultat en vaut la peine, car un observateur expérimenté voit réellement plus d’étoiles  et plus de détails sur les planètes ou sur Sélène qu’un novice. L’œil est un instrument d’optique miniature doté de possibilités étonnantes mais ce n’est pas lui qui voit, c’est le cerveau ! L’œil capte la lumière émise ou réfléchie par l’univers environnant  et la transmet par l’intermédiaire du nerf  optique au cerveau, qui l’analyse et reconstitue à partir de son expérience, une image cohérente. Ainsi apprendre à observer, ce n’est pas  entraîner son œil comme un athlète  ses muscles, c’est plutôt développer les procédures intelligentes d’analyse du signal capté, améliorer ses capacité de concentration  et rendre naturelles certaines techniques  d’observation. Il n’y a donc pas de bon ou de mauvais observateurs, il y ceux qui ont appris à observer et les autres.  Et si l’on excepte quelques cas majeurs comme  l’altération  visuelle due à la cataracte, les problèmes optiques de l’œil, comme la myopie ou l’hypermétropie ne sont pas rédhibitoires car ils peuvent être compensés par un réglage adéquat lors de l’utilisation d’une lunette d’un télescope ou de jumelles. ll existe même à présent des accessoires optiques qui permettent de corriger les défauts d’astigmatisme de l’œil.

La première chose à faire est de respecter le fonctionnement interne de l’œil, et de laisser le temps  à une série de processus physiques et chimiques de se dérouler. Vous avez certainement remarqué les capacités d’adaptation de l’œil aux variations de luminosité. Si vous passez d’une pièce bien éclairée à un lieu plus sombre, vos pupilles se dilatent, occupant parfois presque toute la surface de l’iris. L’œil augmente ainsi la quantité de lumière pouvant atteindre la rétine, tout comme un photographe  accroît la quantité de lumière qui atteint le film en ouvrant le diaphragme de l’objectif. Dans un lieu totalement obscur, la seule dilatation des pupilles ne suffit pas et un second processus, chimique celui là, se déroule à l’intérieur des rétines. Celles-ci  sont tapissées de cellules appelées cônes et bâtonnets, qui transmettent l’information au cerveau. En lumière vive, cette transmission est principalement assurée par les cônes ; dans l’obscurité, en revanche, le rôle des bâtonnets  devient prépondérant. L’ajustement  du rôle respectif des cônes et des bâtonnets demande plusieurs dizaines de minutes. L’ajustement inverse est beaucoup  plus rapide ( en quelques secondes ), mais la sensation d’éblouissement peut être douloureuse, d’où la nécessité  d’observer la lune en quartier  ou gibbeuse avec des filtres atténuants.

Qui connaît ce mode de fonctionnement comprend sans peine pourquoi il convient  de rester un bon quart d’heure minimum  dans l’obscurité avant  de tenter une observation délicate. Évidemment les astres les plus brillants seront immédiatement visibles ;  mais pour voir les plus faibles, comme pour distinguer des particularités sur des nébuleuses ou des galaxies il faut attendre que votre œil soit prêt …

Autre conséquence : vous devez absolument vous protéger  des lumières directes ( lampadaires, phares des voitures, lampes portables à lumière blanche ) qui annihileraient  votre vision nocturne et vous condamnerait  à une nouvelle période d’attente. Si vous devez utiliser une lampe portable pour lire une carte ou identifier un oculaire par exemple utiliser une protection de couleur rouge. Les bâtonnets étant insensibles au rouge, cette couleur ne vous éblouira pas  mais rendra plus difficile la lecture des cartes particulièrement sur les impressions rouges que l’on ne voit plus !!!!!!

Sachez aussi  que la position des cônes et des bâtonnets  sur la rétine a son importance : les premiers sont principalement au centre et les seconds sur la périphérie. Comme ce sont les bâtonnets qui se mettent en œuvre dans l’obscurité, vous augmentez la sensibilité de votre œil en apprenant  à orienter votre regard de telle sorte que l’image de l’objet que vous souhaitez observer se forme sur la périphérie de votre rétine. Les observateurs chevronnés parlent alors de  » vision décalée ou oblique  » et parviennent grâce à elle des détails là où les autres pensent ne rien distinguer. De même que lorsqu’une étoile brillante trop près d’un objet que vous observer, vous pouvez pour votre confort visuel agir sur votre lunette ou télescope pour sortir l’étoile gênante du champ de votre oculaire.

Lorsque vous observer recherchez le confort visuel en travaillant sur vos oculaires, sachez bien évaluer le grossissement  idéal pour l’objet considéré en fonction de la puissance de votre appareil, et prenez votre temps en laissant votre œil sur l’oculaire au fil des minutes vous verrez se dessiner des détails qui jusque là vous échappaient.

Documentation  le guide du ciel de Guillaume Cannat
Reprise et adaptée par Michel paquet, Octobre 2011

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